SingArena —

Orelsan et BEN plg s'unissent sur "Mentir au psy" : quand la norme devient une force

By SingArena Editorial · · New Release

Orelsan et BEN plg dévoilent "Mentir au psy", une première collaboration marquée par la poésie du quotidien. Retour sur une rencontre entre deux générations du rap français.

Ils viennent de deux mondes que tout semble opposer, et pourtant leur rencontre sonne comme une évidence. Orelsan et BEN plg ont dévoilé le 29 septembre leur premier titre commun, Mentir au psy, dont le clip a été publié sur YouTube. Une collaboration inédite qui vient clore en beauté l'attente autour du nouvel album de BEN plg, L'Histoire sans fin, attendu dans les bacs le 2 octobre sous le label Pour la gloire.

Un morceau en forme de confession

Troisième single extrait de cet opus après Les avions dessinent dans le ciel, Toujours un gamin et Histoire sans fin, Mentir au psy n'est pas un exercice de style. Le communiqué de presse évoque une série de flashbacks et de confessions en rafale, où les deux artistes racontent leurs petits moments du quotidien « avec poésie et autodérision ». Au programme : nostalgie, ironie, punchlines et souvenirs d'enfance. Un terrain sur lequel les deux rappeurs se sentent visiblement chez eux.

Car si leurs univers diffèrent par la géographie, ils partagent un même regard sur le réel. BEN plg, de son vrai nom Thomas Léger, assume vouloir raconter son quotidien dans ce qu'il a de plus banal et incarner « le prolétariat avec de l'attitude ». « Ma musique et mon parcours, c'est l'éloge de la normalité, confiait-il à l'AFP en 2024, lors de la sortie de Dire, je t'aime. On est tous des gens normaux avec des histoires extraordinaires. » Une philosophie qui résonne avec celle d'Orelsan, dont l'écriture a toujours consisté à transformer l'ordinaire en matière narrative.

Deux récits, un même Nord

Natif de Tourcoing, BEN plg a grandi entre Dunkerque et Lille avant de travailler brièvement à l'usine, puis de devenir travailleur social dans des milieux aussi variés que l'hôpital psychiatrique, la prison pour mineurs ou l'Ehpad. Depuis son premier projet sorti en 2019, il fait avant tout le récit du Nord : ses centres-villes désertiques, ses classes populaires, l'héritage sidérurgique des anciens et les espoirs brisés des plus jeunes. Ses textes regorgent d'images chirurgicales du quotidien, comme le gobelet en plastique du centre social, une pause-clope sur une aire d'autoroute ou le gratin préféré de sa grand-mère.

Orelsan, lui, a construit sa carrière sur une trajectoire comparable. Révélé sur Internet au milieu des années 2000 avec Saint-Valentin, il a percé en 2008 avec Changement avant de publier Perdu d'avance en 2009. Depuis, chaque album a marqué une étape : Le Chant des sirènes en 2011, La fête est finie en 2017, Civilisation en 2021, puis La Fuite en avant le 7 novembre 2025, un cinquième opus solo plus introspectif et moins social, qui fait écho à son film Yoroï, sorti en octobre 2025.

Une rencontre entre deux générations

La collaboration entre Orelsan et BEN plg ne relève pas du simple featuring opportuniste. Elle illustre une porosité croissante entre les générations du rap hexagonal, où les figures tutélaires des années 2000 accompagnent les voix nouvelles du Nord et d'ailleurs. BEN plg, qui cite volontiers Orelsan parmi ses inspirations — aux côtés de Kamini —, trouve ici une reconnaissance de la part de celui qui a popularisé le personnage du trentenaire perdu et résigné, doté d'un humour décalé.

Orelsan, de son côté, poursuit une carrière jalonnée de succès critiques et publics. Avec douze Victoires de la musique à son actif, il est l'un des artistes les plus primés de la scène française. Son album Civilisation avait été certifié disque de platine en une semaine et disque de diamant en cinq mois, devenant l'album rap le plus rapidement certifié disque de platine et de diamant. La Fuite en avant a pour sa part obtenu un disque de platine en six semaines seulement. Une solidité commerciale qui n'empêche pas l'artiste de multiplier les projets plus personnels, comme le documentaire Montre jamais ça à personne en 2021 ou le film Yoroï en 2025.

Le Nord comme colonne vertébrale

Ce qui rapproche finalement les deux hommes, c'est peut-être ce territoire commun. BEN plg puise dans le Nord une matière brute, presque documentaire, avec une exigence de vérité qui n'exclut jamais la tendresse. Orelsan, lui, a grandi à Alençon avant de faire de la Normandie et de la banlieue parisienne l'écrin de ses chroniques sociales. Mais tous deux partagent une même défiance envers les postures, préférant l'humilité du quotidien aux grandes déclarations.

Avec Mentir au psy, les deux rappeurs proposent donc moins un crossover marketing qu'un dialogue entre deux sensibilités. Le titre, dont le clip vient d'être mis en ligne, s'inscrit dans la droite ligne d'une carrière pour BEN plg et d'une œuvre pour Orelsan, où la norme n'a jamais été un gros mot.

Une dynamique de résidence

Cette collaboration intervient dans un contexte où les méga-concerts et les résidences longue durée prennent de l'ampleur, comme le soulignait récemment Les Échos à propos de Céline Dion à La Défense. Un modèle qui réduit les coûts logistiques et garantit des taux de remplissage élevés, séduisant à la fois les organisateurs et les salles. Si Orelsan n'a pas annoncé de résidence, la tendance témoigne d'un appétit croissant pour des événements scéniques de grande envergure, où les artistes peuvent déployer plusieurs chapitres de leur répertoire.

En attendant, L'Histoire sans fin de BEN plg sortira le 2 octobre, avec Mentir au psy comme quatrième morceau dévoilé. Une pierre de plus dans la construction d'un récit commun : celui d'une France populaire qui trouve dans le rap sa langue la plus juste.

Tags: Orelsan, BEN plg, Mentir au psy, Rap français, Collaboration, L'Histoire sans fin, FR MUSIC