Hoshi sort « Bonjour docteur », un cinquième album qui transforme les trauma en lumière
By SingArena Editorial · · New Release

Georges Biard / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
Avec « Bonjour docteur », son cinquième album, Hoshi explore la santé mentale et pousse un cri de liberté. Rencontre avec une artiste qui a fait de ses blessures une force créative.
Une thérapie mise en musique
Il y a des disques qui racontent une vie. « Bonjour docteur », le cinquième album d'Hoshi, est de ceux-là. Sur quatorze titres, l'autrice-compositrice-interprète française pose un regard sans filtre sur la santé mentale, l'emprise et la reconstruction. « Ça a été vraiment une thérapie d'écrire ces chansons », confie-t-elle à l'AFP, évoquant également le soutien psychologique qui l'a aidée à remonter la pente. À trente ans, celle que l'on reconnaît à son chignon haut façon samouraï signe ici un disque profondément intime, mais traversé par une énergie nouvelle : celle d'une femme qui va mieux.
« Je vais bien aujourd'hui et ça me permet d'avoir de l'espoir sur l'avenir : c'est un sentiment que j'avais perdu parce que je suis sortie de cette relation complètement détruite », explique-t-elle. Cette relation, elle la qualifie d'« hyper toxique ». Il y a près d'un an, Hoshi a déposé plainte auprès du parquet de Paris, notamment pour abus de faiblesse et agressions sexuelles, contre son ex-compagne et manageuse, qui conteste ces accusations. La procédure est toujours en cours.
De « Ta marinière » aux confidences d'un album
Pour mesurer le chemin parcouru, il faut se souvenir d'où vient Hoshi. Née Mathilde Gerner à Versailles en 1996, elle grandit à Montigny-le-Bretonneux et commence le piano à six ans, la guitare à quinze. Son nom de scène signifie « étoile » en japonais – une passion pour la culture nippone qu'elle n'a jamais pu assouvir par le voyage, en raison d'une maladie de Ménière qui lui cause des vertiges et l'empêche de prendre l'avion.
Repérée après des années à chanter dans la rue, elle sort son premier single Comment je vais faire en mars 2017, puis un premier EP éponyme, avant un premier album, Il suffit d'y croire, en 2018. Le grand public la découvre avec Ta marinière. Depuis, elle n'a cessé de creuser le sillon d'une pop-rock écorchée, avec des titres forts comme Amour censure, devenu un hymne à la liberté – dont le clip avait été filmé pendant une manifestation contre la PMA en 2019. Un engagement qui lui a valu, à l'époque, une vague de cyberharcèlement et de propos homophobes.
Un « bordel » musical assumé
Musicalement, « Bonjour docteur » ne s'interdit rien. Des guitares saturées jaillissent, une parenthèse punk surgit, un piano-voix plus doux vient suspendre le temps. « J'ai commencé la musique parce que j'écoutais Brel avec mon papy, j'ai commencé à faire de la guitare parce que mon père me faisait écouter Nirvana et j'ai découvert Véronique Sanson avec ma mère donc ça a créé ce bordel quoi... Enchantée ! », s'amuse-t-elle. Cette diversité d'influences explique la richesse d'un disque qui navigue entre rage et vulnérabilité, porté par une voix grave, puissante, « toujours au bord de la faille ».
Les titres parlent d'eux-mêmes : Métro trauma, À ta santé consentement, Pleurer en dansant, ou encore Santé mentale, qui énumère des symptômes dépressifs jusqu'au cri de détresse final. Billy et Joey, tout aussi intime, personnifie deux enfants qu'elle a rêvé d'avoir pendant sa précédente relation, renvoyant à un désir de maternité « plus que jamais présent ».
La scène comme bouée de sauvetage
Si l'album est un exutoire, la tournée qui l'accompagne, prévue dès février, revêt une dimension symbolique. « J'ai hâte de la vivre parce que ça va être ma première tournée en tant que femme libre ! », sourit-elle. Une phrase qui résonne d'autant plus fort que la scène a failli être le théâtre de sa chute. En pleine rupture, alors qu'elle se produisait encore, Hoshi raconte avoir vécu un « mal-être profond » : « c'était pas de l'interprétation comme on choisit d'en mettre dans une chanson ». L'emprise, elle la compare à « une araignée qui tisse sa toile ».
Mais c'est finalement le public qui l'a rattrapée. « Pouvoir me raccrocher à mes fans, ça a rendu le truc plus humain, comme si j'avais le droit à l'erreur. Du coup je ne suis pas tombée parce qu'ils m'ont rattrapée, mais franchement je pensais que j'allais tout arrêter », se remémore-t-elle. Une relation artiste-fans d'une intensité rare, qui explique sans doute pourquoi chaque tournée d'Hoshi prend des allures de retrouvailles.
Des chansons engagées malgré elle
« Je suis profondément moi-même en permanence, ça donne des chansons engagées, presque sans le vouloir », souligne l'artiste. Cette sincérité brute, érigée en méthode, transforme des blessures intimes en textes universels. Là où certains voient de la thérapie, Hoshi propose une œuvre pop-rock qui assume ses failles sans jamais s'y complaire. Et si elle revient de loin – elle a reçu jusqu'à 10 000 menaces de mort après Amour censure – elle refuse l'idée que la souffrance l'ait forgée. « Recevoir 10 000 menaces de mort, se faire abuser dans une relation pendant des années, non ça ne m'a pas forgée : je n'ai pas eu le choix que d'en faire quelque chose qui me rend forte aujourd'hui », affirme-t-elle.
Avec « Bonjour docteur », Hoshi ne cache plus rien. Elle guérit, elle chante, et elle repart en tournée. Une renaissance artistique autant que personnelle, à la hauteur du symbole que porte son nom : l'étoile.
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