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Guitares en bidons d'huile : l'ingénieuse invention d'un musicien mayennais

By SingArena Editorial · · Artist Update

Guitares en bidons d'huile : l'ingénieuse invention d'un musicien mayennais
VoodooIsland at English Wikipedia / Wikimedia Commons (Public domain)

À Laval, le musicien Julien Gautier recycle de vieux bidons d'huile moteur pour fabriquer des guitares uniques. En deux ans, il en a déjà vendu plusieurs dizaines.

Un artisan-musicien pas comme les autres

Dans l'univers parfois très codifié de la lutherie, il existe des profils qui sortent du rang. Julien Gautier, musicien installé à Laval en Mayenne, fait partie de ceux-là. Sa spécialité ? Transformer de vieux bidons d'huile moteur en guitares fonctionnelles. Une démarche à la croisée de l'artisanat, du recyclage et de la passion musicale, qui a de quoi surprendre — et qui séduit visiblement, puisque l'intéressé en aurait déjà vendu plusieurs dizaines en l'espace de deux ans.

Loin des ateliers traditionnels où l'on travaille le bois précieux, Julien Gautier a choisi un matériau que personne n'attendait dans ce contexte : la ferraille industrielle. Une approche qui rappelle les expérimentations de certains luthiers alternatifs, mais aussi la tradition des instruments fabriqués avec les moyens du bord, du blues rural aux orchestres de bidonvilles.

Le "can guitar" : un instrument né du recyclage

Le principe est simple sur le papier, mais exige une vraie maîtrise technique : récupérer des bidons d'huile moteur usagés, les nettoyer, les découper, puis les transformer en caisse de résonance pour y monter un manche et des cordes. Le résultat, que Julien Gautier appelle lui-même une "can guitar", n'est pas un simple objet décoratif. Il s'agit d'un véritable instrument de musique, dont la sonorité particulière a de quoi intriguer.

"Le son est très bon et original", explique-t-il au micro de Ouest-France. Une formule qui résume bien l'ambition de cette démarche : produire un instrument au timbre singulier, distinct de ce que peuvent offrir les guitares traditionnelles en bois massif. Les matériaux métalliques offrent en effet des résonances différentes, souvent plus brillantes, parfois plus rugueuses — un caractère qui peut séduire les musiciens en quête d'une identité sonore à part.

Un marché de niche qui trouve son public

En deux ans, Julien Gautier a écoulé plusieurs dizaines d'exemplaires. Un chiffre qui peut paraître modeste à l'échelle de l'industrie musicale, mais qui prend tout son sens dans le contexte de la lutherie artisanale. Les luthiers indépendants travaillent généralement à la commande, avec des volumes de production limités et des délais parfois longs. Vendre plusieurs dizaines d'instruments en deux ans constitue donc, à ce niveau, une véritable réussite commerciale.

Ce succès s'explique aussi par un contexte favorable. Le marché de la guitare connaît depuis plusieurs années un engouement croissant pour les instruments dits "alternatifs" : guitares cigares, diddley bows, instruments fabriqués à partir d'objets détournés. Une tendance portée par des musiciens comme Seasick Steve, qui a popularisé la guitare à une corde auprès du grand public, ou par des artisans qui revendiquent une approche plus brute et plus écologique de la lutherie.

Le recyclage comme argument musical

Au-delà de l'aspect esthétique et sonore, la démarche de Julien Gautier s'inscrit dans une logique environnementale qui parle de plus en plus au monde de la musique. Les tournées des artistes internationaux sont régulièrement pointées du doigt pour leur empreinte carbone, et les instruments eux-mêmes — dont la fabrication nécessite souvent des essences de bois rares — font débat. Recycler un bidon d'huile moteur destiné à la casse pour en faire un instrument jouable, c'est une manière concrète de réduire l'impact écologique de la pratique musicale.

Cette dimension pourrait d'ailleurs séduire au-delà du cercle des guitaristes curieux. Les objets fabriqués à partir de matériaux de récupération ont le vent en poupe dans les sphères créatives, du mobilier aux vêtements en passant par les accessoires. Une can guitar est à la fois un instrument, un objet de décoration et un manifeste écologique — un triple positionnement qui explique sans doute son attractivité.

Un savoir-faire mayennais à valoriser

Laval n'est pas historiquement une capitale de la lutherie, contrairement à des villes comme Mirecourt dans les Vosges, berceau français de la facture instrumentale. Le fait qu'un artisan y développe une activité aussi singulière témoigne de la vitalité des scènes musicales locales, souvent méconnues, qui irriguent les territoires au-delà des grandes métropoles.

La Mayenne compte plusieurs scènes de musiques actuelles et festivals qui participent à ce maillage culturel. Pour un créateur d'instruments, s'installer dans un territoire où la pratique musicale amateur et semi-professionnelle est active constitue un atout : proximité des musiciens, bouche-à-oreille efficace, opportunités de démonstration lors d'événements locaux.

Reste à savoir si Julien Gautier compte développer davantage sa production, diversifier ses modèles ou se concentrer sur la dimension pédagogique de sa démarche. Ce qui est certain, c'est qu'en transformant un déchet industriel en instrument de musique, il rappelle une vérité essentielle : la musique n'a pas besoin de matériaux nobles pour exister. Elle a besoin d'idées, de mains habiles et d'un brin d'audace. Trois ingrédients que ce musicien mayennais semble maîtriser.

Tags: Julien Gautier, lutherie, Laval, Mayenne, guitare, recyclage, can guitar, artisanat, FR MUSIC