Angèle dévoile « Instinct » : entre release party bruxelloise et critiques acérées de la presse française
By SingArena Editorial · · New Release

Selbymay / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
Le troisième album d'Angèle, « Instinct », sort ce vendredi, porté par une release party sur la Grand-Place de Bruxelles. Mais entre collaborations audacieuses et réception critique mitigée en France, le disque divise.
Une sortie événement sur la Grand-Place de Bruxelles
Ce vendredi soir, Angèle investit la Grand-Place de Bruxelles pour célébrer la sortie de son troisième album, Instinct. Un cadre symbolique pour la star belge, qui renoue avec ses racines après avoir conquis la France et une bonne partie de l'Europe francophone. La veille, c'est à Paris que l'artiste avait convié ses fans à une séance d'écoute exclusive à La Géode, avant de dévoiler les nouveaux titres à la presse. Un double événement qui témoigne de l'importance de ce retour, quatre ans après Nonante-cinq, son deuxième opus paru en 2021.
Pour ce nouvel album, Angèle a vu les choses en grand : Instinct regorge de collaborations prestigieuses, notamment avec le duo français Justice, le groupe belge Soulwax, ou encore Caroline Polachek et SebastiAn. Un casting qui annonce d'emblée une envie de renouveau sonore, loin des productions plus classiques de ses débuts. L'artiste elle-même a confié à nos confrères de Moustique que ce disque était « plus radical » que les précédents, précisant que « tous les curseurs ont été poussés au maximum. Tout y est plus assumé ». Une déclaration qui résonne comme un manifeste artistique, celui d'une femme libérée des attentes et des cases.
Un virage artistique assumé
Depuis ses débuts en 2017 avec le single La Loi de Murphy, Angèle a construit une carrière sur des mélodies pop efficaces et des textes à la fois légers et engagés. Son premier album, Brol (2018), s'est vendu à plus de 500 000 exemplaires en onze mois et a dominé les ventes d'albums en France en 2019. Porté par des titres comme Balance ton quoi ou Bruxelles je t'aime, il a propulsé la Belge sur le devant de la scène, jusqu'à une Victoire de la musique en 2020 pour son Brol Tour. Puis est venu Nonante-cinq (2021), un deuxième album qui a conforté son statut, avec des titres plus introspectifs et une production toujours soignée. Couronnée artiste féminine de l'année aux Victoires de la musique 2023, elle a également marqué les esprits lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris en 2024, reprenant Nightcall aux côtés de Phoenix et Kavinsky.
Avec Instinct, Angèle semble vouloir briser cette image de « chanteuse pop à mélodies » pour explorer des territoires plus sombres, plus électroniques, plus radicaux. Les collaborations avec Justice et Soulwax ne sont pas anodines : elles traduisent une volonté d'hybrider pop et électro, de jouer avec les textures, les beats, les ambiances. Un choix qui, sur le papier, a de quoi séduire les amateurs de prises de risque.
La presse française partagée
Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que ce virage ne fait pas l'unanimité dans l'Hexagone. Les critiques pleuvent, parfois acerbes. Le Parisien titre sans détour : « Branchée mais peu inspirée… Qu'arrive-t-il à Angèle ? ». Le quotidien salue quelques titres comme Dis-le et Je sais (une chanson adressée à son père Marka), mais regrette que l'ensemble soit « écrasé sous les effets de manche de producteurs ». Il décrit Trop comme « presque révélateur de ce drôle d'Instinct », et estime que On verra, « belle ballade sobre au piano », est « gâchée sur la fin par des infrabasses qui flinguent l'émotion pure de cette voix mélancolique ». Même ressenti pour Je compte, qui « bascule dans une dance démonstrative et peu inspirée ». Libération enfonce le clou, parlant d'un album « laborieux et terriblement artificiel » où l'artiste se serait « perdue dans son come-back ». Le quotidien évoque une « réinvention forcée », comparant maladroitement Angèle à Rosalía ou Bowie : « Pas facile de se défaire de soi-même quand on est si forte à quelque chose, et que ce quelque chose a été si intensément adoré ». Le Nouvel Obs n'est pas plus tendre, déplorant un manque de fantaisie et des textes parfois niais, avec une formule assassine : « Au-delà du CM2, l'écoute peut entraîner des douleurs cervicales ».
Ces critiques, aussi dures soient-elles, soulignent un point commun : la difficulté pour une artiste aussi identifiée à un style de se réinventer sans perdre son public. Angèle a bâti sa renommée sur une pop accessible, des refrains fédérateurs et une personnalité attachante. Instinct semble vouloir tout remettre en jeu, quitte à dérouter.
Des défenseurs dans la presse française
Tous les médias français ne partagent cependant pas ce pessimisme. Le Monde salue au contraire un disque qui « sans renier son goût des refrains accrocheurs, s'éloigne des ambiances primesautières de ses débuts pour insuffler une urgence nouvelle, n'hésitant pas à jouer de sons et beats plus radicaux, synonymes de tension, de noirceur, mais aussi de défoulements euphoriques ». Une analyse qui met en avant la cohérence artistique de la démarche. Le Huffington Post français parle d'un album « non seulement plutôt bon, mais qui s'inscrit surtout dans la continuité des deux premiers : des textes légers, intimes et doucement provoc, sur des mélodies pop ». Il souligne notamment « un featuring envoûtant en compagnie de SebastiAn et Caroline Polachek, l'une des artistes les plus convoitées ». Preuve que le virage électronique n'est pas incompris de tous.
Cette divergence de réception n'est pas surprenante. Angèle est une artiste qui a toujours oscillé entre légèreté et profondeur, entre humour et engagement. Instinct pousse ces curseurs à l'extrême, ce qui déstabilise. Pour ses fans de la première heure, le choc stylistique pourrait être brutal ; pour les observateurs, c'est la preuve d'une artiste qui refuse de s'installer dans une zone de confort.
Quel accueil du public ?
Les critiques ne font pas tout. L'histoire de la musique regorge d'albums mal accueillis par la presse qui sont devenus des classiques, et inversement. Angèle bénéficie d'une base de fans solide, acquise au fil de tournées et de succès. Sa capacité à remplir des salles comme Bercy ou à enchaîner les Victoires de la musique témoigne d'un lien fort avec le public. Reste à savoir si Instinct parviendra à convaincre les auditeurs, au-delà des polémiques. La release party de ce vendredi sur la Grand-Place de Bruxelles sera un premier indicateur. Les fans présents pourront juger sur pièce, et l'enthousiasme des réseaux sociaux pourrait bien contraster avec les critiques parisiennes.
Quoi qu'il en soit, Angèle n'a pas fini de faire parler d'elle. Avec Instinct, elle s'affirme comme une artiste qui ose, quitte à prendre des risques. Une chose est sûre : ce troisième album ne laisse personne indifférent.
Tags: Angèle, Instinct, album, critique, Bruxelles, pop, FR MUSIC